Cambodge tournée 2005-2006

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Tournée au Cambodge 2005-2006

Du 29 décembre 2005 au 14 janvier 2006, r2j s’est rendu pour la 4ème fois au Cambodge afin de poursuivre son action. Une équipe de 10 personnes a été impliquée dans cette belle aventure, principalement dans la ville de Phnom Penh et ses alentours. Durant cette période,environ 15 concerts ont été donnés dans des lieux différents.
A travers nos concerts, nous espérons vivement que notre partenaire local, (LICADHO pourra à nouveau bénéficier d’un espace pour prodiguer leurs visites médicales.
Cette édition est particulièrement marquée par l’envoi de 400 kg de médicaments qui seront uniquement destinés aux prisonniers de ce pays. Le nouveau répertoire du groupe ainsi que son « new look » vont assurément contribuer à une plus grande interaction avec le public Cambodgien.

29-30 décembre 2005, le voyage

Le voyage a commencé par quelques soucis au niveau de la taille et le poids du matériel à embarquer. Il a fallu répartir tout le matériel d’une grosse caisse vers plusieurs plus petites, réorganisation de dernière minute tout de même stressante mais bien gérée avant de courir à travers l’aéroport pour être à l’heure pour l’embarquement. Nous avons ensuite fait bon vol, et 12 heures plus tard, le Cambodge, sa chaleur, ses odeurs et sa population joviale nous sourient, pour certains une découverte, pour d’autre de joyeuses retrouvailles.

31 décembre 2005, , R2J joue pour la soirée de Réveillon de l’hôtel Imprévu, Phnom-Penh.

La scène prévue sous les palmiers au bord de la piscine est rapidement inondée par une pluie torrentielle. Un déménagement, séchage de câble, sauvetage du piano, réanimation du groupe électrogène plus tard, le groupe se produit devant le bar de bois, sous les toits de chaume, dans une ambiance survoltée par la proximité et l’aventure. Les R2J ont “jammé” jusque tard dans la nuit, et sont entrés enthousiastes dans 2006 – 6 heures avant la Suisse !

2 janvier 2006, concert au centre AFESIP près de Phnom-Penh

Cet après-midi, concert dans un centre de l’organisation AFESIP, qui accueille, forme et protège des ex-prostituées, dans un contexte extrêmement difficile (raison pour laquelle les visages resteront dans nos mémoires uniquement – les photos ne sont pas adéquates). Nous arrivons dans un endroit fleuri, soigné, qui respire la paix, une athmosphère à laquelle nous ne nous attendions pas.
A quelques exceptions touchantes près, ces très jeunes femmes semblent avoir décidé de se réjouir de chaque minute, elles dansent du premier au dernier morceau, l’une d’elle tend la main vers un micro et chante avec nous. La présence de Sam, notre interprète, nous assure que notre présence est bien comprise; même si le fait que des européens soient là pour donner reste en soi une incompréhension chargée de choc, de sens et d’émotion. Plus d’une pleure dans le salut d’au-revoir, et les larmes ne sont pas absentes non plus au sein du groupe.

4 janvier 2006, concert à la prison de Kompong Speu

Ce matin, nous quittons Phnom-Penh à 6h, après une petite nuit entrecoupée de chasse aux moustiques et autres urgences, pour la prison de Kompong Speu, à 2 heures de route.
Après les tournées 2002 et 2004, c’est la troisième fois que nous jouons dans cette prison. Nous sommes accueillis magnifiquement par le directeur, qui manifeste sa confiance par une fouille nettement moins serrée que les années passées. Nous avons la surprise de trouver toute la prison, plus de 200 prisonniers et une vingtaine de gardiens, déjà assis sous l’abri de bois où, un brin impressionnés, nous installons rapidement notre matériel. La discipline rigoureuse, palpable partout, ne bride pas les expressions souriantes et l’attente qu’on lit dans chaque attitude. C’est baignés dans cette chaleur humaine et … climatique que nous commençons le concert. “Je ressens immédiatement le contact avec les prisonniers et les gardiens, chaque regard croisé se transforme en sourire”, confie René. Surtout pendant le chant en Cambodgien, où les mots perçus par les prisonniers sont répétés par vagues dans de grands éclats de rire joyeux.

Pendant ce temps dans la prison, un médecin de la Licadho* prodigue des soins à 14 prisonniers et 4 gardiens, action très appréciée.

Le concert se termine par un discours du directeur de la prison, qui fait allusion aux bonnes relations Suisse Cambodge illustrées par notre venue, et exprime son souhait de nous revoir dans deux ans.

*Licadho : Ligue Cambodgienne pour la défense des droits de l’homme.

5 janvier 2006, concert au centre “Pour un Sourire d’Enfant” (PSE)

Ce matin nous avons rendez-vous avec l’association “pour un sourire d’enfant”, qui s’occupe de socialiser les enfants vivant sur la décharge de Phnom-Penh (celle-ci mesure 12 ha et 500 familles y vivent). Nous avons l’opportunité de visiter ce centre, et nous sommes impressionnés par le professionnalisme du personnel encadrant. Le concert a lieu devant environ 1500 enfants survoltés. Nous sommes très touchés par l’accueil qui nous est réservé par ces enfants, par leur joie et leurs sourires, malgré leurs conditions de vie difficiles. Nous avons également le privilège de dîner dans le restaurant du centre, où sont formés les futurs cuisiniers et le personnel de service, dans un cadre haut-standing. Nous apprenons également que cette formation est élaborée en collaboration avec l’Ecole Hôtelière de Lausanne, et les jeunes professionnels trouvent des places dans les bons hôtels et restaurants de Phnom-Penh.

La présence de cette foule d’enfants est aussi l’occasion d’être en pensée avec nos familles.

5 janvier 2006, concert à la prison Takhmao

14h, les portes de la prison de Takhmao s’ouvrent et nous laissent découvrir un vaste chantier. Surprise pour les anciens du groupe, la prison a été en grande partie reconstruite. On aperçoit les prisonniers qui nous accueillent les bras tendus à travers les barreaux. Le temps de mettre en place le matériel (génératrice, sono, instruments), nous commençons le concert sous un soleil de plomb. Très vite, des sourires s’échangent entre les prisonniers et toute l’équipe R2J. Le concert est interrompu brièvement par l’arrivée des personnalités du gouvernement (salutations et discours traduits aller-retour), il reprend ensuite de plus belle. Au terme du concert, l’émotion est à son comble lorsque René crie à quelques mètres des prisonniers, en cambodgien, “clahaun loeung” (qui signifie “courage”) plusieurs fois, mots accueillis par une clameur qui nous bouleverse. A la question de Sam, notre interprète, quant à leur désir de nous voir revenir, la réponse est non moins explicite – on croirait qu’on comprend le cambodgien…

6 janvier 2006, concert chez Sok Sabay

Nous arrivons chez Marie, fondatrice de l’association Sok Sabay, qui depuis 10 ans recueille des enfants victimes de divers abus (sexuels ou autres, prostitution, trafic). Dès notre arrivée nous sommes attendus par le personnel encadrant et les 43 enfants présents. Une cinquantaine d’enfants supplémentaires, des chiffonniers, les rejoignent et sont installés pour le repas du soir. Shirley et Sandrine aident l’équipe à faire manger les enfants et à débarrasser. Les enfants ont participé dès le début du concert en frappant des mains, puis crescendo, en venant danser devant sur l’incitation du groupe. Les quelques enfants invités à venir chanter avec nous couronnent le succès de la première partie. Les petits chiffonniers nous quittent pour retourner dormir sur la décharge, et spontanément viennent nous embrasser, sur un “see you tomorrow sister, brother” (“à demain, ma soeur, mon frère”) qui nous prend aux tripes. Le concert reprend sur une deuxième partie déchaînée, le groupe avance au milieu d’eux, tous dansent sur les dernières mélodies. Les enfants partent se coucher et tout en pliant le matériel nous entendons l’écho des petites voix qui répètent “I love you”. Nous avons essayé d’apprendre “on vous aime aussi” en cambodgien, ce qui fut un peu laborieux mais très drôle.

9 janvier 2006, concert chez Friends

Des problèmes de connexion ont empêché la mise à jour du site ces derniers jours, c’est rétabli…
Nous donnions un concert ce matin chez Friends, une association où sont recueillis les enfants de la rue entre 0 et 24 ans, victimes de la misère du Cambodge, de la drogue, souvent obligés de travailler pour la survie de leur famille.
Ces enfants en majeure partie analphabètes y sont éduqués, ça leur permet de rattrapper leur retard et d’intégrer l’école publique. Ils apprennent également un métier, sont enseignés par des professionnels et par des anciens enfants des rues qui s’en sont sortis.

Au début du concert, les enfants écoutaient tout sourires, mais plutôt tranquilles. Ils se sont dégelés lorsque des musiciens ont sauté en bas de la scène pour se rapprocher d’eux, et particulièrement lorsque nous sommes descendues chanter au milieu d’eux. Sur l’incitation d’une des enseignantes, ils ont commencé à taper dans les mains, à bouger, danser, nous les avons invités sur scène, chaude ambiance qui a tenu jusqu’à la fin du concert. Je garderai l’image de toutes ces petits mains qui se tendaient pour qu’on les fasse monter sur scène, qu’on les prenne dans nos bras, et l’image de Pépé à plat ventre sur la scène en train de faire chanter les petits, son visage à hauteur des leurs.

Ce sont des enfants des rues, qui ont besoin d’amour, de respect, comme tous les enfants, chose qui n’est, fort malheureusement, pas naturelle dans leur contexte social.

10 janvier 2006, concert à la prison de Compong Chnang

L’équipe quitte l’hôtel à 5h30 pour 2h30 de route, à travers les magnifiques paysages campagnards du Nord de Phnom-Penh : la route est bordée de bicoques en bois, les visages sont fatigués, la pauvreté est partout. On traverse un village de pêcheurs, on a peine à croire que la population vit en permanence dans une puanteur pareille.

Nous arrivons de bon matin à la prison de Compong Chnang, en compagnie des représentants de la Licadho. Pendant le montage du matériel, les prisonniers sont là, déjà souriants, il règne un climat paisible surprenant. Quelques prisonniers arrosent le sable entre le groupe et le public, pour éviter la poussière. Après les discours et remerciements d’usage, le concert peut commencer. L’ambiance est bonne, les sourires s’élargissent, quelques uns se lèvent et dansent. A nouveau, René termine le concert en cambodgien : “courage, courage !!”, c’est un moment très fort.

10 janvier 2006, concert au port des pêcheurs de Compong Chnang

Après le concert pour la prison, nous nous produisons sur le port des pêcheurs de Compong Chnang, qui n’a pas l’habitude de tant de bruit … nous avons l’impression, là, de tomber de mars. Le décor est splendide : le village, le port, les barges, la plaine. Au deuxième regard, on voit la misère, la saleté, la précarité de leurs vies.

Le public est pittoresque au possible, et pour rester à l’ombre, il se masse derrière le groupe ! Il s’agit de s’adapter et c’est une formation un peu inédite pour ce concert qui s’interrompt en queue de poisson (c’est le cas de le dire) lorsque la génératrice nous lâche sur le dernier morceau. Cela devient un leitmotiv : on est au Cambodge … Deux heures de route pour rentrer, et le repos est le bienvenu.

11 janvier 2006, concert dans un centre pour enfants malades ou orphelins

Nous avons joué ce matin pour des enfants de l’association SFODA*, venant de familles infectées par le SIDA, parfois eux-mêmes malades, ou orphelins.

Les images qui sont imprimées dans nos coeurs, encore toutes chaudes, sont difficiles à partager. Nous ne savons pas l’histoire de chaque enfant, mais certains sont malades, auront peut-être disparu si nous revenons dans deux ans, le penser nous met au coeur un sentiment d’urgence, et une peine qui se traduit dans ce que nous essayons de leur offrir. Le groupe assure, et René chante “pour ceux qui sont tristes”, le visage inondé de larmes; un message qui passe malgré la langue, comme l’attestent les pleurs d’un enfant qui ne le quitte pas des yeux. Les morceaux suivants (“nous chantons aussi la joie”, dit René) voient quelques enfants qui se lèvent, dansent, rient, des moments de vacances qui sont tout ce que le groupe peut leur donner, et qu’ils reçoivent en nous inondant en retour de sourires que nous n’oublierons pas.

11 janvier 2006, concert au Centre Culturel Français, Phnom-Penh

La tournée se termine par un concert au centre culturel français de Phnom-Penh, une salle de cinéma en gradin, une vraie scène, et un show R2J avec look du tonnerre, changement de tenue, répertoire au complet. Les musiciens s’éclatent et séduisent leur public en profitant de ces conditions qui contrastent avec la poussière, la chaleur, le soleil des concerts précédents. Des journalistes de Cambodge-daily et Cambodge-soir sont là, nous nous réjouissons de voir leurs articles. Le patron de notre hôtel, sa femme, et quelques clients avec qui nous avons lié connaissance sont présents également.
Après 11 concerts, une tournée intense, nous ressentons une certaine tristesse à démonter le matériel pour la dernière fois. Cambodge, quand tu nous tiens…

La soirée aboutit sur une magnifique fondue bourguignonne chez Jean-Pierre, le patron de notre hôtel, qui s’est éclipsé tout de suite après le concert pour nous la préparer.

14 janvier 2006, au revoir le Cambodge

La tournée R2J Cambodge 2005-2006 est terminée. Nous avons quitté le soleil et la chaleur pour retrouver nos familles, la neige et le froid. Ces deux semaines ont été enrichissantes pour chacun de nous, et nous avons l’espoir d’avoir pu apporter à ceux que nous avons rencontrés, dans cette culture qui ne ressemble pas à la nôtre, un peu de joie, de respect, et le témoignage de ce qu’ils ne sont pas oubliés. Au revoir, Cambodge.

Author: Jeremy Moinat